« Jobs Act », la garantie de la précarité, par Andrea Fumagalli (Le Monde diplomatique, juillet 2016)

En Italie, une réforme de l’emploi qui institutionnalise la précarité

Défait à Rome et à Turin par le Mouvement 5 étoiles — une formation qui se revendique « antisystème » —, le Parti démocrate du président du conseil italien Matteo Renzi sort affaibli des élections municipales du 19 juin. À croire que sa réforme du marché du travail, le fameux « Loi sur l’emploi », a davantage séduit les médias, les milieux patronaux et les sociaux-libéraux européens que les électeurs italiens…

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Gianmaria Giannetti. – « Senza titolo anni ’80 – Foto di amicizia » (Sans titre années 1980 – Photo d’amitié), 2015

Galerie Monteoliveto, Naples, Nice

Le président du conseil italien Matteo Renzi aime se présenter comme un dirigeant politique moderne et innovant. Ainsi, sa réforme du marché du travail aurait libéré le pays de ses archaïsmes et fait baisser le chômage. Connues sous le nom de « Loi sur l’emploi », les mesures adoptées par son gouvernement pour relancer l’emploi n’ont pourtant fait que pousser plus loin encore la logique des vieilles recettes libérales.

La flexibilisation du marché du travail italien a débuté en 1983, lorsque les partenaires sociaux (fédérations syndicales, patronat et ministère du travail) ont signé l’accord Scotti. En plus de limiter l’indexation des salaires sur les prix, ce texte introduit le premier contrat atypique, à durée déterminée et destiné aux jeunes : le « contrat de formation et de travail ». Depuis, de nombreuses lois ont élargi l’éventail des contrats disponibles, si bien qu’il en existe aujourd’hui près de quarante. En 1997, la loi Treu a légalisé le travail temporaire ; en 2003, la réforme Biagi-Maroni a inventé le contrat de sous-traitance. En 2008 a été mis en place le système des pièces justificatives, ces “ bons de travail » d’une valeur de 10 euros brut de l’heure surtout utilisé dans les secteurs peu ou pas qualifiés. La diversification des types de contrat s’accompagne de mesures visant à renforcer le pouvoir des employeurs. Parmi les plus récents, la loi dite du « travail lié » (collegato lavoro), votée en 2010, limite les possibilités pour les salariés de recourir à la justice en cas d’abus patronal ; et la loi Fornero (2012) facilite les licenciés individuels pour raisons économiques.

Les réformes mises en œuvre par M. Renzi en 2014 et 2015 s’inscrivent dans la continuité de cette histoire, et peuvent-être l’achèveront-elles, tant elles ont institutionnalisé la précarité. Ainsi, le contrat à durée indéterminée (CDI) « à protection croissant », entrée en vigueur en 2015, n’a pas grand-chose de pérenne ni de protecteur. Au cours des trois premières années, les employeurs peuvent y mettre fin à (…)

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Andréa Fumagalli

Professeur d’économie au département de sciences économiques et commerciales de l’université de Pavie. Auteur de La Vie mise au travail. Nouvelles formes du capitalisme cognitif, Etérotopie France, Paris, 2015.

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