Louise Bourgeois et comment les vieux vêtements peuvent nous hanter

Cette “histoire de la garde-robe” a façonné le dernier chapitre de la longue carrière de Bourgeois. Beaucoup de ses textiles, qui comprenaient également des serviettes de table et du linge de maison, ont été découpés et transformés en sculptures et œuvres d’art : visages tordus, livres en tissu, corps gonflés construits avec des coutures apparentes comme des cicatrices. D’autres ont été conservés tels quels. Les articles de sa jeunesse – robes de cocktail noires, manteaux de soie rose, chemisiers pâles – sont devenus des souvenirs de soi antérieurs, suspendus librement ou rembourrés et cousus pour suggérer une forme humaine. Elle conjura également les membres de sa famille, les invoquant par les vêtements qu’ils avaient portés autrefois. De nombreux vêtements de la cellule VII appartenaient à la mère de Bourgeois, Joséphine, décédée alors que Bourgeois n’avait que 22 ans. Joséphine était l’araignée symbolique qui planait au-dessus de sa fille anxieuse et furieuse, emblème de protection et de réparation méthodique.

Katie Guggenheim, conservatrice adjointe de The Woven Child, voit Cell VII comme un assemblage étrange. “Ce sont des vêtements intimes – des vêtements de nuit – et ils sont fantomatiques dans leur façon de flotter… Comme des cauchemars [or] apparitions », dit-elle en examinant les tissus fins.

Les vêtements sont souvent mentionnés en termes fantomatiques, ce qui n’est pas surprenant compte tenu de leur apparence. Suspendus, ils prennent une allure spectrale. Comme des fantômes, ils détiennent également des échos des morts. Les vêtements survivent à leurs propriétaires. En leur présence, ils font allusion à une présence irrévocable. Comme l’écrit l’universitaire et auteur Peter Stallybrass dans Worn Worlds: Clothes, Mourning and the Life of Things, un essai sur la mémoire et un blazer très apprécié, “en considérant les vêtements comme des modes passagères, nous répétons moins d’une demi-vérité. Les corps vont et viennent, les vêtements qui ont reçu ces corps survivent.”

Bourgeois n’est pas le seul artiste à avoir été ému par la survivance du vêtement au-delà de la chair mortelle. Elle n’est pas non plus la seule personne à avoir ressenti à la fois le réconfort et le fardeau de vêtements trop lourds de sens pour s’en passer facilement. Dans la vie, nos vêtements sont incroyablement personnels. Ils nous enveloppent et nous gardent au chaud. Ils signalent nos métiers, nos goûts, la façon dont nous voulons être vus. Dans la mort, ils deviennent des rappels tactiles de ce qui était autrefois, faits pour s’adapter à des corps qui ne peuvent plus les remplir.

Rites du matin

L’odeur lourde du parfum. Souvenir mitigé d’une robe portée un jour d’été. La texture piquante d’un pull frottant contre la peau. À la fois banals et tactiles, les vêtements sont d’extraordinaires vaisseaux de mémoire. C’est ce qui leur donne leur pouvoir à l’article de la mort. Ils retiennent les parties les plus intimes de nous-mêmes : notre odeur, notre sueur, témoignage de notre présence (orteils écorchés, coudes usés). Lorsqu’un artiste choisit d’utiliser des vêtements appartenant à quelqu’un qu’il aime, il rend cette intimité publique.

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