Le père de Steve Jobs était-il vraiment « un réfugié syrien » ?

Pour étayer un de ses propos sur la réussite, le président Emmanuel Macron a tweeté que Steve Jobs avait une ascendance de «réfugié». L’histoire familiale du cofondateur d’Apple est un peu plus complexe.

En visite officielle au Nigéria, le président Emmanuel Macron un tweeté en français « Le père de Steve Jobs était un réfugié syrien. Il semblerait que la nationalité n’ait rien à voir avec la capacité à réussir. Le but était, pour le chef de l’État, de louer le potentiel des jeunes entrepreneurs nigérians. Mais cette idée reçue sur l’ascendance du cofondateur d’Apple, popularisée par le graffeur Banksy dépeignant Jobs en migrant, se base sur une confusion. Steve Jobs, adopté à la naissance par une famille californienne, avait en effet un père biologique syrien, mais ce dernier était un simple immigré et non pas un réfugié. L’histoire de la naissance de Steve Jobs reste pourtant assez incroyable, comme l’a raconté Walter Isaacson dans sa biographie du patron historique d’Apple.

Dans les États-Unis du début des années 50, Joanne Schieble, une étudiante germano-suisse de l’université du Wisconsin, tombe amoureuse d’un jeune enseignant en sciences politiques du nom d’Abdelfattah al-Jan Il est né dans une famille riche de la ville syrienne de Homs en 1931. Son père, Mohammed al-Jandali, est un propriétaire terrien millionnaire. Abdelfattah veut d’abord faire ses études à l’université américaine de Beyrouth au Liban, mais le pays traverse une crise politique. Plutôt que de rentrer en Syrie, Abdelfattah déménage à New York chez un membre de sa famille qui est l’ambassadeur syrien aux Nations unies. Il poursuit ses études à l’université de Columbia puis à celle du Wisconsin, où il poursuit un doctorat.

Une histoire d’amour contrariée

Joanne ne peut pas vivre sereinement son amour : son père, fervent catholique, n’accepte pas de la voir s’éprendre d’un musulman. En 1954, Joanne part en Syrie voir la famille d’Abdelfattah, où elle s’imprègne de la culture locale… et tombe enceinte. Parallèlement, son père est mourant. Pour lui, Joanne ne doit ni avorter, ni garder le bébé. Il fait promouvoir à sa fille de donner le futur enfant aux services d’adoption.

La grossesse arrive à son terme. La jeune Américaine se résigne à faire adopter son bébé, à condition que celui-ci soit élevé par des catholiques diplômés d’études supérieures. En février 1955 naît un petit garçon, quelque temps avant le décès du père de Joanne. Le couple se marie aussi vite qu’il peut et tente de récupérer leur fils. C’est trop tard. Le nourrisson a finalement été nommé à une famille de travailleurs de la région de San Francisco, à la grande colère de Joanne qui ne peut malheureusement rien faire.

Joanne et Abdelfattah ont plus tard une fille, Mona, avant de se séparer en 1962. Mona Simpson, qui prend le nom de son beau-père, devient une écrivaine reconnue. De son côté, celui qui a grandi sous le nom de Steve Jobs finira par retrouver sa mère en 1986. Le frère et la sœur découvrent leur existence mutuelle. Mona finira par retrouver Abdelfattah, qui a ouvert un restaurant syrien à Sacramento en Californie, après une première carrière comme professeur d’université. Steve Jobs ne voudra jamais en apprendre plus à son sujet.

Contrairement à son fils, décédé d’un cancer du pancréas en octobre 2011, Abdelfattah al-Jandali est toujours en vie. Il vit dans le Nevada et aujourd’hui 87 ans.

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