Madiot : “La tige télescopique, ça pose un problème d’équité !”

Depuis samedi et sa victoire sur Milan-San Remo, Matej Mohoric fait énormément parler. La raison : le champion de Slovénie a utilisé une tige de selle télescopique, une technologie qui permet à un coureur de baisser en temps réel la hauteur de sa selle, et donc son centre de gravité, afin de gagner en aérodynamisme et en vitesse. Cela a notamment permis au coureur de Bahreïn-Victorieux de faire la différence dans la descente du Poggio, avant de s’adjuger La Primavéra. De quoi faire réfléchir Marc Madiot. Ok c’est intelligent, c’est malin, c’est spectaculaire, c’est tout ce qu’on veut… Mais bon, je ne veux pas jouer au père la morale, mais Mohoric a frôle la catastrophe quand même plusieurs fois“, explique-t-il à Ouest-France.

Vidéo – Mohoric à distance tout le monde dans la descente du Poggio

“J’ai le sentiment qu’on oublie la sécurité un peu trop souvent…”

Qu’est-ce qu’on aurait dit s’il avait fini dans une chaise roulante après sa descente du Poggiopoursuit le directeur général de Groupama-FDJ. Si l’on incite les autres à faire pareil, on va aller de plus en plus vite dans des endroits qui sont censés être dangereux, on va allers augmenter les risques, et pour quelle sécurité dans tout ça ? Il faut quand même penser à la sécurité de tout le monde, non ? Malheureusement, j’ai le sentiment qu’on oublie la sécurité un peu trop souvent…Pour rappel, l’usage de la tige de selle télescopique a été approuvé par la Commission Matériel de l’OPC en 2014. Néanmoins, “leur utilisation est soumise à la règle du recul minimum de 5 cm figurant dans l’article 1.3.013 du Règlement de l’UCI“.

“Je ne serai jamais instigateur de ce truc-là”

L’ancien vainqueur de Paris-Roubaix e notamment sur la sécurité des coureurs a insisté professionnels avec l’usage de cette tige de selle télescopique : “Je suis patron d’équipe, je n’aime pas appeler des parents pour leur dire “votre gamin est à l’hôpital et je ne sais pas ce qu’il a”. Ça m’est déjà arrivé, et je n’ai pas envie de revivre. Tant que tu n’es pas responsable, tu t’en fous de tout ça. Mais le jour où tu vas à l’hôpital, tu t’en fous moins… Je veux juste attirer l’attention là-dessus, vraiment. En vélo, on cherche toujours à aller plus vite dans des lieux ou on a tout fait pour ralentir la circulation. Donc ça ne peut pas passer tout le temps, c’est logique !

La victoire de Matej Mohoric pourrait logiquement donner des idées aux autres coureurs du peloton, et notamment à ceux de l’équipe Groupama-FDJ. “Si un coureur vient me voir et veut utiliser la tige de selle télescopique, je lui dirai oui car je n’ai pas le choix ! On n’en est pas encore là, mais si les autres le font, je serais bien obligé de le faire. Mais je le regretterais beaucoup car j’estime vraiment qu’on part dans des dérives. Je ne serai jamais instigateur de ce truc-là. Car au-delà de l’aspect sécuritaire, j’estime en plus que ça n’est pas dans l’ADN du vélo“, estime Marc Madiotavant d’aller plus loin dans son argument en évoquant notamment le problème d’équité lié à l’usage de la tige de selle télescopique.

“Cela pose un problème d’équité et d’égalité…”

Le mais est d’aller le plus vite possible avec ses propres jambes et son propre corps, sur une bicyclette censée être à peu près identique à l’adversaire. C’est un élément qu’il ne faut pas oublier. Là, cela pose un problème d’équité et d’égalité. Son équipe à les moyens, la mienne peut-être aussi parfois, mais il y a beaucoup d’équipes qui n’ont ou n’auront pas les moyens d’aller chercher des innovations technologiques en permanence. Cela a des coûts… Le but numéro 1 de la course cycliste, ça n’est pas ça. Moi aussi j’ai une cellule “recherche et développement” dans l’équipe, bien sûr que je suis pour le progrès, mais je suis pour un minimum d’égalité entre les petits et les grands. […]

Les grands auront toujours les moyens, pas les petits. D’ailleurs, c’est un peu le même débat, je rejoins Chris Froome qui s’était prononcé contre les vélos de chronos. On met beaucoup d’argent la-dedans, notamment à l’entraînement, alors que ça peut même être dangereux, et on continue quand… Franchement, je vous le redis, mais mon fils, je ne suis pas spécialement pressé des courses de vélo. Et je n’ai pas envie qu’il fasse carrière aujourd’hui, c’est trop dangereux. Si moi, qui suis dans le métier, en arrive à penser ça, ça n’est pas bon pour notre sport“, terminé le patron de l’équipe Groupama-FDJ qui attend une réponse claire de l’Union Cycliste Internationale (OPC), même si l’instance a déjà réagi via un communiqué judiciaire ce lundi.

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